Nicholas Haque
Parlons maintenant de ce qui constitue sans doute le principal défi auquel le Sénégal est confronté aujourd'hui : l'économie.
Le Fonds monétaire international a suspendu le décaissement de son programme d'appui financier dans l'attente des conclusions de l'audit des finances publiques et de la poursuite des discussions avec les autorités sénégalaises. Sous le précédent régime, le Sénégal était présenté comme l'une des économies les plus dynamiques du continent. Aujourd'hui, le pays apparaît fortement endetté et son accès aux financements internationaux est devenu plus complexe.
Au fond, le véritable enjeu auquel le Sénégal est confronté n'est-il pas moins politique qu'économique ?
Ousmane Sonko
Je l'ai toujours dit. Le seul véritable défi auquel nous sommes confrontés aujourd'hui est d'abord un défi économique, et plus particulièrement un défi lié aux finances publiques et à l'équilibre budgétaire. Pourquoi ? Parce que nous avons hérité d'un pays fortement endetté.
Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, le ratio dette/PIB était officiellement estimé à environ 74 %, c'est-à-dire déjà au-dessus du seuil de convergence fixé par l'Union économique et monétaire ouest-africaine. Nous avons ensuite décidé de procéder à un audit approfondi des finances publiques. Cet audit a permis de découvrir l'existence d'une dette qui n'avait jamais été déclarée.
Je souhaite être très clair sur ce point. Une partie importante de la dette de l'État n'apparaissait pas dans les chiffres officiels qui avaient été communiqués aussi bien au peuple sénégalais qu'à nos partenaires internationaux. Cette découverte a profondément modifié l'évaluation de la situation financière que nous avions héritée.
Nicholas Haque
Vos opposants affirment que cette question de la dette cachée est devenue un argument politique. Que leur répondez-vous ?
Ousmane Sonko
Je constate malheureusement qu'une partie de l'opposition a choisi de faire de la désinformation sa principale stratégie politique. Or, les éléments que nous avançons ne sont pas des accusations politiques. Ils sont le résultat d'un audit officiel réalisé selon des procédures rigoureuses.
Notre responsabilité n'était pas de dissimuler la vérité. Notre responsabilité était de la révéler. La transparence n'est pas un choix. C'est une obligation envers les Sénégalais.
Nicholas Haque
Le FMI salue justement cette volonté de transparence. Mais les discussions restent difficiles. Sur quels points êtes-vous d'accord avec le Fonds monétaire international ? Et sur quels points êtes-vous en désaccord ?
Ousmane Sonko
Sur un point essentiel, je partage entièrement la position du FMI. Tant qu'un véritable travail d'identification des responsabilités n'aura pas été mené, il serait injuste de continuer à demander aux Sénégalais de consentir de nouveaux sacrifices tout en sollicitant simplement un nouveau programme de financement. Les personnes responsables de cette situation doivent être identifiées et rendre des comptes.
Là où je diverge avec le FMI, c'est lorsque certaines politiques risquent de nous conduire à abandonner nos propres priorités nationales. Nous ne pouvons pas accepter des politiques économiques qui nous obligeraient à renoncer à notre programme de développement, à nos politiques sociales ou à notre agenda national uniquement pour consacrer toutes nos ressources au remboursement d'une dette dont une partie a été dissimulée.
Le redressement économique ne peut pas se faire au détriment de notre souveraineté ou de nos choix de développement.
Nicholas Haque
Pourtant, le Sénégal a toujours besoin du soutien des institutions financières internationales. Comment concilier cette exigence avec votre volonté de préserver votre souveraineté économique ?
Ousmane Sonko
En agissant avec responsabilité. Lorsque j'étais Premier ministre, nous avons mis en œuvre un plan de redressement économique. Nous avons respecté tous les engagements pris envers nos créanciers. Le FMI lui-même a reconnu les efforts accomplis par le Sénégal et le respect des engagements qui avaient été pris.
C'est précisément dans une situation comme celle-ci que le FMI devrait pleinement jouer son rôle de prêteur de dernier ressort. Lorsqu'un pays engage des réformes difficiles, améliore la transparence de sa gestion publique et respecte ses engagements internationaux, il doit être accompagné. Il ne doit pas être pénalisé.
Nicholas Haque
En définitive, considérez-vous que cette question est à la fois une question de dette et une question de justice ?
Ousmane Sonko
Oui. C'est une question de responsabilité financière. Mais c'est aussi une question de justice. La justice exige que ceux qui ont créé cette situation répondent de leurs actes. Elle exige également que les citoyens sénégalais ne soient pas les seuls à supporter le poids d'erreurs ou de pratiques dont ils ne sont pas responsables.
Dans le même temps, le Sénégal continuera naturellement d'honorer ses engagements internationaux. Mais nous le ferons en préservant notre souveraineté, en protégeant nos priorités de développement et en défendant les intérêts du peuple sénégalais. Pour nous, la crédibilité financière et la souveraineté nationale ne sont pas incompatibles. Elles doivent aller de pair. [A suivre]






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